{"id":88,"date":"2015-10-03T14:25:29","date_gmt":"2015-10-03T14:25:29","guid":{"rendered":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/?page_id=88"},"modified":"2015-12-21T11:36:28","modified_gmt":"2015-12-21T11:36:28","slug":"la-danse-un-corps-qui-pense-notes-fragments","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/?page_id=88","title":{"rendered":"La danse, un corps qui pense (notes &#038; fragments)"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le Scenopo\u00efetes dentirostris, oiseau des for\u00eats pluvieuses d\u2019Australie, fait tomber de l\u2019arbre les feuilles qu\u2019il a coup\u00e9es chaque matin, les retourne pour que leur face interne plus p\u00e2le contraste avec la terre, se construit ainsi une sc\u00e8ne comme un ready made, et chante juste au-dessus, sur une liane ou un rameau, d\u2019un chant complexe compos\u00e9 de ses propres notes de celles d\u2019autres oiseaux, qu\u2019il imite dans ses intervalles, tout en d\u00e9gageant la racine jaune de plumes sous son bec\u00a0: c\u2019est un artiste complet\u00a0\u00bb (Gilles Deleuze, Qu&rsquo;est-ce que la philosophie ?)<\/p>\n<p>Si pour Gilles Deleuze la pens\u00e9e peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 un chant, nous devrions ajouter que du chant \u00e0 la danse il n&rsquo;y a qu&rsquo;un <em>pas<\/em>.<\/p>\n<p>Ce geste c&rsquo;est aussi celui de l&rsquo;\u00e9criture. En tant que tel, ce geste cr\u00e9ateur, geste d&rsquo;auteur de soi, repose sur une rupture radicale avec la temporalit\u00e9 de l&rsquo;imm\u00e9diat comme loi d\u00e9finitive du d\u00e9sir. \u00c9crire, c&rsquo;est aussi opposer un espace-temps \u00e0 un autre espace-temps, et vivre l&rsquo;acte de pens\u00e9e comme point de fuite d&rsquo;une autonomie retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance et de mise en pratique du savoir et de l&rsquo;exp\u00e9rience de chacun d&rsquo;entre nous dans la tapisserie commune de notre culture peut \u00eatre une tentative de r\u00e9sistance \u00e0 la demande de supra-professionnalisation, qui cr\u00e9e une s\u00e9gr\u00e9gation des int\u00e9r\u00eats en donnant l&rsquo;impression qu&rsquo;on ne peut se d\u00e9finir que dans une sp\u00e9cialisation. Cette id\u00e9e nous s\u00e9pare les uns des autres et promeut un contexte social dans lequel les rapports comptables deviennent la r\u00e8gle de mesure des rapports inter-personnels, assez \u00e9loign\u00e9 du projet d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 en tant qu&rsquo;ensemble. Mais que voulons-nous\u00a0?<\/p>\n<p>Les conditions d&rsquo;existence d&rsquo;un milieu d\u00e9pendent aussi des individus qui l&rsquo;habitent, et qui, reliant chaque point de leur d\u00e9sir en une vitesse commune, forment les traits d&rsquo;une exp\u00e9rience sensible d&rsquo;un Monde en partage.<\/p>\n<p>La danse, le th\u00e9\u00e2tre, la musique participent de la recr\u00e9ation permanente de ce contexte dans lequel des individus se r\u00e9unissent pour former une collectivit\u00e9, et cette r\u00e9\u00e9criture doit pouvoir \u00eatre pens\u00e9e en tant que dynamique politique et sociale dans le sens d&rsquo;une recherche et d&rsquo;une mise \u00e0 jour de ce qui constitue le bien commun, avant de pointer ce qui nous diff\u00e9rencie et nous isole, et le cas \u00e9ch\u00e9ant nous livre au cynisme des extr\u00eames.<\/p>\n<p>Penser la philia, ce qui relie les Hommes entre eux, c&rsquo;est non pas cr\u00e9er ou re-cr\u00e9er <em>un<\/em> collectif, mais <em>du<\/em> collectif, et repositionner l&rsquo;\u00e9change, la pens\u00e9e, l\u2019interdisciplinarit\u00e9 et la rencontre comme axe central de nos rapports.<\/p>\n<p>La recherche artistique cr\u00e9e et \u00e9labore des donn\u00e9es qui proviennent de multiples sources, processus et mat\u00e9riaux, qui se pr\u00e9sentent \u00e0 travers des approches singuli\u00e8res et qui peuvent \u00eatre requestionn\u00e9es par le public. Ainsi, des pratiques artistiques peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour \u00e9largir la sph\u00e8re de participation dans construction soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>Laurence Louppe dans sa \u00ab\u00a0Po\u00e9tique de la danse contemporaine\u00a0\u00bb, nous rappelle \u00e0 une autre rupture dans notre perception du corps pensant : \u00a0\u00bb (la danse) veut, nous le verrons, que le corps, et surtout le corps en mouvement soit \u00e0 la fois le sujet, l&rsquo;objet et l&rsquo;outil de son propre savoir. A partir de quoi une autre perception du monde peut s&rsquo;\u00e9veiller. Et surtout une nouvelle fa\u00e7on de sentir et de cr\u00e9er. Or ce renouvellement de la perception concerne autant le spectateur de danse contemporaine que le danseur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La fusion des pratiques artistiques avec celles des sciences humaines, en donnant au performer une nouvelle autonomie, ne lui impose-t-elle pas \u00e9galement de se questionner sur sa propre pratique ? Alors qu&rsquo;il doit assumer la disparition progressive de la figure tut\u00e9laire du [metteur-en sc\u00e8ne\/chor\u00e9graphe\/d\u00e9miurge], ne doit-il pas requalifier dans son travail en propre, dans sa capacit\u00e9 \u00e0 organiser sa pens\u00e9e et les actions qui en d\u00e9coulent, la nature des liens qu&rsquo;il construit avec le public ?<\/p>\n<p>Penser la danse c&rsquo;est penser \u00e0 travers elle ce qui construit une culture. La question qui suit imm\u00e9diatement peut-\u00eatre celle de comment prendre part \u00e0 son \u00e9criture, comment devenir auteur d&rsquo;une culture locale et d\u00e9bordante, capable de transformer la boue acide du cynisme et de l&rsquo;individualisme d\u00e9complex\u00e9 et sans vergogne en terreau fertile du d\u00e9sir collectif.<\/p>\n<p>Penchons-nous un moment sur la position du performer dans la voix publique, sur sa responsabilit\u00e9 en tant qu&rsquo;auteur et sur les moyens qu&rsquo;il se donne pour accomplir la mutation de l&rsquo;espace de soi vers l&rsquo;espace social, et voyons ce que la danse comme mode d&rsquo;existence peut nous dire d&rsquo;un certain rapport au Monde qui se construit toujours <em>pour et par Nous.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alexandre Le Petit<\/p>\n<p>(with some stolen quotes from Lilia Mestre)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le Scenopo\u00efetes dentirostris, oiseau des for\u00eats pluvieuses d\u2019Australie, fait tomber de l\u2019arbre les feuilles qu\u2019il a coup\u00e9es chaque matin, les retourne pour que leur face interne plus p\u00e2le contraste avec la terre, se construit ainsi une sc\u00e8ne comme un ready &hellip; <a href=\"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/?page_id=88\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":36,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/88"}],"collection":[{"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=88"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/88\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":94,"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/88\/revisions\/94"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/36"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/institut-nomade.org\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=88"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}